L'autre visage de Leïla, Mariée de force
Privée de toutes les libertés depuis son enfance, l'auteure de Mariée de force a su accéder « à pas de fourmis » à l'autonomie professionnelle.
« Je me suis toujours promis de ne jamais être dépendante d'un homme » raconte Leïla. Ce qui est difficile pour toute femme l'est davantage encore pour celle ayant grandi dans un quartier où l'honneur commande de surveiller étroitement les filles et où le modèle féminin dominant est celui de la mère au foyer. Son rêve de petite fille ? Devenir « pilote de chasse ». Ainsi, on peut « être maître à bord ». Si Leïla ne l'a pas réalisé, elle a su néanmoins reprendre les commandes de sa vie et exister via son travail. Interview exclusive.
Quel a été votre premier métier ?
« J'ai été manutentionnaire dans l'usine de mon père. J'avais l'impression d'avoir enfin un semblant d'indépendance. Puis, j'ai prospecté dans les boîtes d'intérim. Je les appelais chaque matin comme un soldat prêt à donner l'assaut. L'argent que je gagnais, je le donnais à mes parents afin d'acheter la paix à la maison. Mais il a été utilisé pour négocier mon mariage au Maroc ! ».
Une fois mariée de force, avez-vous cessé de travailler ?
« Le seul mois où je n'ai pas travaillé fut celui où je fus mariée. J'ai été embauchée comme « nounou » dans des familles bourgeoises parisiennes. Mais mon envie était de travailler dans le social. J'ai écrit avec mes tripes une lettre au maire de ma commune. Un mois plus tard, j'étais convoquée à un entretien. C'était la chance de ma vie. Je n'ai pas lâché l'affaire ».
Quelles fonctions avez-vous exercé à la mairie ?
« J'ai été recrutée comme "médiatrice sociale et urbaine" et affectée au Pôle jeunesse. J'ai monté des projets humanitaires, écologiques et sportifs avec les jeunes des quartiers. J'ai aidé les filles à accéder aux loisirs. Il a fallu convaincre les familles. Un parcours de titan ! J'ai pris la mesure de certains problèmes rencontrés par les filles : la méconnaissance des règles de l'hygiène par exemple. Je les ai aidées à devenir plus coquettes. Puis, on m'a proposé un job dans un service de la ville chargé de la petite enfance. J'ai crée mon réseau, géré une équipe d'animation, monté des projets. J'ai été titularisée. Je travaille actuellement dans un service social chargé de l'aide aux personnes »
Et à présent, que souhaitez-vous ?
« Mon souhait le plus cher est de travailler pour les droits des femmes. Je veux laisser ma griffe, que mon fils soit fier de moi. Le regard de mon fils, c'est primordial ».
Quels conseils donnez-vous à des femmes en recherche d'emploi ?
« Les choses ne viennent pas seules. Il faut croire en soi. Il faut toujours être présente, ne pas hésiter à aller frapper aux portes. Lorsqu'on y croit, on arrive à s'en sortir. La vie est un perpétuel combat. Il faut se battre pour avoir ce que l'on veut. On n'a rien sans rien ».
Mariée de force
Ce livre paru chez Plon en 2004 relate le douloureux parcours de Leïla, fille d'immigrés marocains, française, élevée dans la plus pure tradition musulmane. Mariée de force et victime de violences, elle a su conquérir à pas de fourmis son indépendance économique, affective, intellectuelle. Depuis, elle a repris les commandes de sa propre vie et existe au travers de son travail, de son livre et de ses nombreuses actions de sensibilisation à la question des mariages forcés. Ce sont 70 000 jeunes filles qui sont potentiellement menacées de mariage forcé en France selon une étude du Haut Conseil de l'Intégration menée sur sept départements.




