Les internats des prépas discriminent les filles
Les classes préparatoires aux grandes écoles proposent plus de chambres aux garçons qu’aux filles. Une inégalité portée devant la Halde par le collectif Ouvrons les portes.
Les internats des lycées préparant les élèves aux concours d'entrée dans les grandes écoles sont sur la sellette. Quatre associations ont décidé de monter au créneau pour dénoncer la non-mixité des logements proposés par ces prépas. Des chiffres l’attestent : « En France, sur 16 académies, 3 412 places d’internats (36%) sont proposées aux filles contre 6 087 places pour les garçons (64%). Certains lycées ont même choisi de n’héberger que des garçons… » peut-on lire sur le site du collectif Ouvrons les portes.
Une inégalité en terme d’éducation
Conséquences pour les étudiantes discriminées : trouver d’autres logements souvent plus chers et tenus par des institutions religieuses, ne pas bénéficier des mêmes supports matériels que les garçons (bibliothèques, équipements sportifs, restauration…), se résoudre à faire le trajet entre leur domicile et le lycée. Autant de temps imputé sur le temps d’études ou de repos... C’est par exemple le cas de Linda qui, faute d’avoir trouvé un logement sur place, subit 1h30 de transport entre l’Essonne et Henri-IV à Paris où elle suit une prépa bio.
Pour certains directeurs d'établissements (des hommes en majorité), la cause est entendue. « Soi-disant que les internats sont en trop mauvais état pour accueillir des jeunes filles jugées sans doute trop fragiles et qu'un internat mixte risque de déconcentrer tout le monde, rapporte Maëlle Lenoir, directrice de l'association Paris Montagne, membre du collectif Ouvrons les portes. Ces arguments ne tiennent pas, d'autant que parmi les 10 meilleures prépas de France, certaines comme les lycées Louis le Grand et St-Louis à Paris, Ste Geneviève à Versailles ou encore Pierre de Fermat à Toulouse disposent d'internats mixtes ».
Ouvrir les internats aux filles en 2010
L’affaire ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 12 ans, les associations Femmes et Mathématiques, Femmes et Sciences et Femmes Ingénieurs tentent d’interpeller les pouvoirs publics sur la question des internats de filles en classes préparatoires. Sans succès. Rejointes par l’association Paris Montagne, elles ont décidé il y a une semaine de saisir la Haute Autorité de lutte contre les discriminations. « L’enquête de la Halde devrait durer une année, explique Maëlle Lenoir, directrice de Paris Montagne. Et elle ne donnera qu’un avis et non une décision juridique. Notre espoir, c’est que les internats s’ouvrent aux filles en septembre 2010 sans attendre la recommandation de la Halde. Peut-être qu’ils vont bouger d’eux-mêmes si on arrive à faire assez de bruit. »
Faire enfin tomber cette barrière matérielle
Le « bruit », c’est déjà cette pétition en ligne qui en quelques jours a dépassé les 1 400 signatures. Ce sera aussi cette « action festive » prévue le 24 octobre à Paris devant un internat non mixte dont le lieu et l’heure exacte ne seront connus qu’au dernier moment. « La colère gronde, insiste Maëlle Lenoir. Cette inégalité ne se légitime pas, ne s’explique pas, ne se justifie pas ! Cela fait 40 ans qu’il y a des filles en classe prépa. Il faut que les internats suivent et que cette barrière matérielle pour la mixité tombe enfin ! »




