Ces femmes qui font un métier d'homme (1/5)
Claire Gibault est la première femme à avoir dirigé l’orchestre de La Scala. Depuis, elle a mené les plus grandes formations internationales à la baguette.
Pourquoi avez-vous voulu devenir chef d’orchestre ?
A 13 ans, j’ai reçu un prix de violon au conservatoire, puis j’ai été violon solo d’un petit orchestre d’élèves. Quand le professeur s’absentait, il me laissait la responsabilité de faire travailler les autres. J’étais sans doute une des plus passionnées et des plus engagées. Là, j’ai découvert que c’était quelque chose qui me plaisait.
Est-ce difficile de se faire reconnaître en tant que femme chef d’orchestre ?
Pour les femmes, arriver à des postes de direction nécessite de passer par des moyens transversaux, comme des œuvres pour enfants, ou des créations contemporaines. Quand j’étais à l’Opéra de Lyon, on m’en a fait diriger. C’est un travail intellectuel et gestiquement très difficile : il faut mémoriser une symphonie qui sera très peu reprise et avec laquelle on aura très peu de succès, par opposition aux œuvres classiques. Les hommes ne veulent donc pas s’y intéresser et laissent les femmes faire leurs armes avec. D’ailleurs, la seule femme qui est directeur d’un orchestre à Paris aujourd’hui, est directeur de l’ensemble inter-contemporain.
Etes-vous passée par ces voies transversales ?
Oui, je n’y ai pas échappé. Au début, on m’a fait diriger des opérettes, parce que ce n’était pas très « classe ». J’ai également dirigé des ouvrages pour le jeune public, ou pour les enfants. Après j’ai eu accès aux grandes œuvres, comme la Quatrième de Mahler à Nice, ou les grandes œuvres de Beethoven à Washington. Mais il demeure toujours de la méfiance vis-à-vis de l’endurance nerveuse des femmes. Moi de ce côté-là, je suis blindée !
Le monde de la musique est-t-il un milieu macho ?
Forcément oui. C’est un milieu un peu conservateur qui ne vit que sur le répertoire du passé. Si la peinture contemporaine est appréciée, les gens ne se pressent pas pour aller écouter de la musique contemporaine. C’est un milieu qui vit donc sur le patrimoine du passé, sur des traditions, avec le même uniforme, la queue de pie. Tout cela n’est qu’une sorte de rite, qui n’évolue pas beaucoup. La femme doit donc se créer un autre costume, qui ne se rapproche pas de l’image de l’homme. Mais les choses changent. Une certaine modernité s’installe, qui permet aux femmes de s’installer.
Avez-vous eu des difficultés à vous faire respecter ?
Au début, on est inexpérimenté, donc c’est difficile de se faire respecter. De plus, en tant que femme, il y a des risques. Je ne voulais pas utiliser la séduction féminine. Je voulais être appréciée pour mes qualités purement professionnelles, et je pense que j’en rajoutais. J’accentuais mon côté dur, exigeant, intransigeant. Pas un sourire…. J’entendais parfois des réflexions comme « ce n’est pas une femme ». Je me refusais d’être une femme face à l’orchestre.
Le fait que ce soit un milieu essentiellement masculin ne vous faisait pas peu ?
Il faut vraiment une grande dose d’inconscience ! (rires) Si on savait combien c’est difficile, il y a plein de choses que l’on ne ferait pas.
Le site de Claire Gibault, chef d’orchestre et ex-députée européenne
La damnation de Faust. Extrait du concert de clôture de la présidence française de l'Union européenne le 16 décembre 2008, au Palais de la Musique à Strasbourg.
Concert dirigé par Claire Gibault.
Première parution : février 2010





09/08/2010 19:48
Bonsoir,
A notre manière et pour des métiers assez éloignés de la musique tels que peintre en bâtiment, conductrice de tram ... nous essayons de faire la promotion de ces métiers dits d'hommes et où les femmes trouvent tout autant de plaisir :D
Cordialement,